neg26_28De nombreux citoyens et citoyennes se désolent que les questions de politique étrangère soient peu abordées lors de cette campagne électorale. Pourtant, durant son dernier mandat, le gouvernement a harmonisé avec grand zèle ses politiques d’immigration et de défense avec celles des États-Unis. Le cas le plus frappant est celui du bouclier antimissile que les Américains vont déployer cet automne.

Nous savons qu’un éventuel gouvernement conservateur s’embarquerait dans les fusées antimissiles alors qu’une gouvernement libéral leurrerait la population afin d’avaliser tranquillement la Guerre des Étoiles. Un document de la Défense Nationale daté du 8 mai 2003 indique que le gouvernement a déjà fait son lit sur cette question. Le document traite le projet antimissile avec désinvolture en le comparant à un jeu d’interception d’une balle par une autre balle. La soi-disant menace est amplement exagérée pour susciter la crainte parmi la population. Il est écrit : “Le Canada partage les préoccupations des États-Unis et de l’OTAN sur la prolifération des missiles et sur les armes de destruction massive. […] La décision d’attendre jusqu’à la dernière minute pour déployer des systèmes défensifs comporterait des risques importants.”.

Plusieurs ministres ont tenté d’expliquer que c’est en vertu de la défense de notre souveraineté que le pays doit se joindre à ce projet orchestré par les États-Unis. Pourtant, la première souveraineté du Canada est celle de sa population qui se serait clairement prononcée sur cette question ! Aussi, on tente de minimiser la portée réelle d’une implication canadienne dans le bouclier en prétendant que cela s’inscrit dans l’évolution naturelle de notre collaboration militaire avec les Américains. Quelle irresponsabilité ! Comme si cela ne portait pas à conséquence pour la paix et la sécurité dans le monde… Lors des débats télévisés, le premier ministre a seulement exclu l’arsenalisation de l’espace sans pour autant condamner le bouclier.

Pourtant les arguments du gouvernement ne survivent pas à quelques minutes de recherche. Les nombreux satellites de surveillance radar et infrarouge en projet joueront un rôle primordial et peuvent, à juste titre, être considérés comme des armes. Lors du lancement du projet en 2002, le président Bush expliquait que le bouclier est évolutif au gré des innovations technologiques. Il existe de très longs et très coûteux programmes de recherches scientifiques pour militariser de l’espace. Par exemple, la Missile Defense Agency coordonne le développement d’un système de destruction de missile par faisceaux lasers qui verra le jour en 2020 avec des prototypes dans l’espace en 2012. Les officiels du Département de la Défense ne cachent plus que les États-Unis se sont engagés à développer des armes spatiales d’ici les vingt prochaines années. Le 11 juillet 2001, le Général Ralph Eberhart, commandant en charge de NORAD et de l’US Space Command déclarait devant le Congrès : “Nous devons nous assurer d’un accès continu à l’espace tout en refusant l’accès aux autres.”. L’armée de l’air américaine vient de créer une nouvelle école d’officiers, la Space Operations School, afin que “…l’Amérique entre dans sa 1er guerre spatiale avec des guerriers de l’espace éduqués et une doctrine fiable pour prendre le contrôle de la dernière frontière, l’espace.”.

Déjà, le bouclier antimissile alimente le complexe militaro-industriel de ce continent, et demain il ouvrira la porte à la prolifération et à la diversification des armes conventionnelles et nucléaires. Nous refusons le détournement d’énormes ressources collectives qu’entraînerait la décision canadienne de participer au bouclier, alors que les besoins en matière de santé, d’éducation, de logement, de revenu minimum décent et de développement international durable sont criants. Nous croyons que la véritable sécurité passe par le respect des droits humains les plus fondamentaux, une distribution plus équitable des richesses et un monde plus juste. C’est le type de société que nous voulons, pour nous et nos enfants.