Pour ceux qui auraient manqué l’information sur le «Guatanamo du Nord», voici un article traduit du Globe and Mail (2 février 2006) sur le nouvel édifice de Kingston.

___________________________________________________________

Centre de haute sécurité pour des suspects terroristes :
Un centre de détention pour une demi-douzaine d’hommes est construit à Millhaven

Appelez-le Guantanamo du Nord ou Petit Guantanamo ! Ce qui est sur c’est que le nouveau centre de détention à haute sécurité qui est construit près de Kingston pour héberger des suspects terroristes étrangers est modeste, juste capable de recevoir six détenus.

Jusqu’à présent, cela répondra amplement aux besoins de sécurité du Canada. Seulement quatre personnes – toutes de nationalité arabe – sont détenues en vertu des controversés certificats de sécurité. Tous résistent à la déportation puisqu’ils craignent des persécutions s’ils sont renvoyés chez eux.

À Montréal, un cinquième homme a été libéré sous caution, mais il est soumis à des conditions très sévères. Aucun des cinq n’a été accusé de crime.

L’unité spéciale qui est en construction derrière les murs du centre pénitentiaire à sécurité maximale de Millhaven devrait ouvrir à la fin mars et les quatre suspects y seront transférés selon la porte-parole du Service Correctionnel du Canada, Michèle Pilon-Santilli.

« C’est à l’intérieur du centre de Millhaven, mais ce sont des installations totalement séparées, construites spécifiquement pour héberger les détenus de certificats de sécurité », dit-elle. « Les prisonniers seront toujours tenus séparés des autres détenus; il n’y aura absolument aucun contact. »

Les autorités ne diront pas combien ces installations coûtent, et ne dévoileront pas la taille des cellules. Chaque prisonnier sera gardé séparément et les visiteurs seront soumis aux mêmes contrôles que ceux qui entrent pour le reste de Millhaven, a affirmé la porte-parole de l’Agence des services frontaliers du Canada, Mme Cara Prest.

Cette annonce d’une prison à l’intérieur d’une prison fait suite à un rapport récent d’un groupe des droits humains pour les Nations Unies. Après avoir parcouru le Canada l’an dernier, le groupe a dit qu’il était gravement préoccupé par l’utilisation des certificats de sécurité. Il conclut que ce qui est en jeu c’est le droit des prisonniers à un procès juste et le droit de confronter les preuves utilisées contre eux qui sont souvent tenues secrètes. De plus, il n’y a aucun mécanisme judiciaire pour examiner les circonstances de l’incarcération. Le nouvel édifice est une réponse à une demande du gouvernement de l’Ontario qui supervise présentement la détention des prisonniers dit Madame Pilon-Santilli. « C’était basé sur des besoins. Quand il y aura plus de détenus, nous examinerons la situation au cas par cas. »

L’avocat d’Ottawa, Matthew Webber, qui conseille Mohamed Harkat depuis longtemps, n’est pas ravi du sort de son client. « On pourrait voir cette étape comme une alternative à la libération sous caution. » dit-il. « Cela prouve que les circonstances actuelles sont inacceptables, mais c’est juste un pansement sur une plaie. »

Les certificats s’appliquent seulement aux non-citoyens que l’on croit poser une menace à la sécurité. Les Canadiens accusés d’activité reliée au terrorisme doivent être accusés suivant le Code criminel.

Les quatre hommes sont soupçonnés d’être liés à des extrémistes islamistes : Monsieur Harkat, né en Algérie et demandeur du statut de réfugié, travaillait dans une station-service d’Ottawa avant son arrestation en décembre 2002. Il est détenu au centre de détention d’Ottawa-Carleton. Hassan Almrei, né en Syrie, est emprisonné depuis octobre 2001 au centre de détention de Toronto Metro West. Mohammed Mahjoud, né en Égypte, arrêté en juin 2000 et Mahmoud Jaballah, égyptien aussi, détenu depuis août 2001, sont eux aussi derrière les barreaux à Metro West. Adil Charkaoui du Maroc, était détenu de mai 2003 à février 2005 et a été libéré sous caution à Montréal.