La participation du Canada à la ” guerre au terrorisme ” en Afghanistan fait partie d’un plan de relations publiques pour compenser le refus canadien de s’engager en Irak et s’attirer ainsi les bons sentiments de la Maison Blanche. Par ce fait même, le Canada est aujourd’hui complice d’une guerre très meurtrière (des dizaines de milliers de morts, bien plus que le 11 septembre) faussement justifiée par la défense de la liberté, le droit des femmes ou la légitime défense alors que la mission vise principalement à garantir l’accès aux importantes ressources énergétiques de l’Asie centrale. La réponse vindicative des forces de la coalition en Afghanistan était aussi illégitime que l’invasion américaine en Irak. Les amis d’un jour contre le communisme sont aujourd’hui devenus des ennemis à éliminer comme des sacs à ordures, comme le disait si bien le général canadien Rick Hillier. En soutenant les opposants des présumés Talibans, le Canada cautionne tortures et graves violations des droits humains commises aujourd’hui par les seigneurs de la guerre, l’Alliance du Nord, les barons de la drogue désormais très puissants, les forces geôlières et milices afghanes, les Marines américains à la prison de Bagram.

Les Forces Canadiennes tuent elles aussi de nombreux Afghans, Talibans ou pas, comme si ces exécutions extrajudiciaires allaient soutenir la ” démocratie “, un idéal politique dont nous imposons très hypocritement notre conception aux Afghans. L’aide ” humanitaire ” fournie par le Canada est le plus souvent déviée vers les cadres corrompus du gouvernement Karzai, et les autres ” aides ” occidentales privilégient les privatisations du système de santé au détriment des hôpitaux. Les équations binaires et simplistes que l’on présente sur nos écrans, du genre : “Talibans : des forces ténébreuses; l’Occident et les opposants aux talibans, des pro-démocrates”, ne feront que provoquer discorde politique, tensions sociales, haine et tragédies humaines qui seront très dommageables pour l’avenir de ce pays. La défense des droits des femmes est un alibi peu crédible alors que l’Occident soutenait la résistance islamiste du temps de l’occupation soviétique, et que les États-Unis nouaient des liens étroits avec les Talibans pour accéder aux ressources énergétiques de l’Asie centrale. Rappelons que l’amélioration de la situation des femmes après 5 ans d’occupation militaire est encore très anecdotique et que, sous la férule des seigneurs de la guerre, leur situation s’est même dégradée en province…

La supposée menace terroriste d’Al-Quaida contre le Canada est habilement utilisée par le gouvernement à des fins géopolitiques. L’hydre terroriste ne disparaîtra pas à coups de canon, par des actions incohérentes et des discours hypocrites sur nos ” valeurs ” démocratiques, modernes, humanistes ou autres. Aujourd’hui, cette supposée menace légitime le gouvernement canadien à réorienter la politique étrangère du pays. Le gouvernement développe une politique de ” défense ” beaucoup plus offensive et guerrière qu’il y a quelques décennies. Dorénavant, il s’agit de démontrer à la face du monde le volontarisme du Canada dans ladite ” guerre au terrorisme “, à prendre un rôle de chef de file au sein de l’OTAN, à appuyer l’industrie de l’armement, à exporter la démocratie par la force s’il le faut, à appliquer sur le terrain une doctrine néocoloniale habillée d’un vernis humanitaire trompeur : la ” responsabilité de protéger “.

Tout cela a des répercussions en chaîne au sein de notre société puisque nos jeunes des écoles secondaires sont séduits par les campagnes de recrutement agressives et mensongères des forces canadiennes (FC) pour être ensuite vite enrôlés dans des missions dangereuses. Les travailleurs humanitaires canadiens ne peuvent opérer en sécurité en Afghanistan, car ils sont associés avec les FC, ce qui brouille la distance entre les organisations humanitaires et les forces d’occupation. De plus, les dépenses de plusieurs milliards $ pour la guerre en Afghanistan se font aux dépens d’un réel effort de soutien logistique, social et médical pour la population afghane. Alternativement, ces ressources auraient pu être utilisées à meilleur escient dans des dépenses sociales ici au Canada, par exemple pour soutenir le système de santé et d’éducation des provinces, le logement social, venir en aide aux défavorisés, aux chômeurs, aux sans-abri, aux Premières Nations qui vivent dans un système d’apartheid social. La mobilisation contre la guerre en Afghanistan doit donc se développer dans tous les milieux, car nous sommes tous touchés et concernés!